Jeud'IActu#7: L’IA en route pour remplacer le système éducatif ?
- Hector Bloch
- 17 juil. 2025
- 3 min de lecture
Le 15 juillet 2025, une école en Inde a lancé des professeurs 100 % IA capables d’enseigner jour et nuit. Créés à partir de la voix et du style d’enseignants réels, ils sont déjà utilisés en classe. Ce modèle inédit soulève une question centrale : l’IA peut-elle remplacer l’école telle qu’on la connaît ? On vous explique pourquoi cette expérimentation fait débat.

Depuis peu, l’école Master’s Union, basée à Gurugram en Inde, propose une méthode pédagogique bien anodine. Elle a mis en place ce qu’on appelle des « digital twins » (jumeaux numériques*) conçus grâce à l’intelligence artificielle. Leur rôle est d’enseigner de manière virtuelle comme le feraient des professeurs. Mais la nuance, c’est qu’ils sont formés à partir de données réelles : voix, gestuelle, ton de parole, structure des phrases, style d’explication. Ils reproduisent au plus proche possible la personnalité d’un vrai enseignant.
Ces avatars IA répondent aux questions des étudiants, donnent des cours et peuvent même corriger certains travaux. Le plus intéressant, c’est que les professeurs humains à l’origine de ces modèles sont rémunérés comme des artistes : à chaque interaction avec leur avatar, une commission leur est versée sous forme de royalties*. Donc en clair, plus l’avatar est utilisé, plus l’enseignant gagne de l’argent.
L’école affirme vouloir rendre la pédagogie plus accessible, tout en valorisant les savoirs et les talents. Une idée qui séduit, mais qui interroge.
Une IA qui soulage les profs ou qui les écarte ?
Ce modèle ne sort pas de nulle part. Aux États-Unis, plusieurs universités travaillent déjà avec des enseignants numériques depuis 2023. C’est le cas par exemple de l’Alabama State University ou encore de l’AIHEC (American Indian Higher Education Consortium), qui collaborent avec la start-up Praxis AI. Ces établissements utilisent des avatars basés sur le modèle Claude*de l’entreprise Anthropic.
L’objectif est simple : permettre aux étudiants de poser leurs questions à tout moment, même en dehors des heures de cours, grâce à un assistant IA formé au style de l’enseignant. Résultat : plus de 75 % des élèves interagissent avec ces outils, contre seulement 14 % avec les chatbots classiques. Certains enseignants estiment avoir gagné jusqu’à 70 % de temps en déléguant les demandes répétitives.
Sur le papier, l’idée semble bénéfique. Les étudiants obtiennent des réponses plus rapidement, les professeurs sont allégés sur les tâches redondantes, et les performances globales s’améliorent. Dans certains cas, les moyennes de cours sont passées de C à B. Mais une question persiste : est-ce qu’automatiser le savoir ne risque pas d’appauvrir la relation éducative ?
Une IA peut expliquer. Elle peut répéter, analyser, simplifier. Mais elle ne capte pas les silences. Elle ne voit pas un élève qui doute. Elle applique un savoir déjà intégré, sans adaptation émotionnelle. Pour beaucoup, c’est là que se joue la vraie différence. L’enjeu n’est donc pas l’efficacité, mais le lien.
Une innovation porteuse de fractures ?
Cette nouvelle forme d’enseignement numérique ouvre aussi un débat économique et éthique. Les jumeaux numériques demandent des moyens technologiques conséquents. Il faut collecter des données de qualité, utiliser des modèles IA avancés, et disposer de serveurs capables de gérer des interactions massives. Ce type de solution n’est donc accessible qu’aux établissements les mieux dotés.
Résultat : on pourrait voir émerger une éducation à deux vitesses. D’un côté, des étudiants qui ont accès à un professeur IA 24h/24, capable de s’adapter à leurs besoins. De l’autre, ceux qui dépendent encore d’un système classique, avec ses limites d’effectifs, de disponibilité et de moyens.
À cela s’ajoute un flou juridique. Qui est propriétaire de l’avatar ? L’école, l’enseignant, ou la plateforme qui l’a généré ? Que se passe-t-il si un jumeau numérique est modifié ou déployé sans accord ? Rien n’est encore vraiment cadré. Gina Parnaby, spécialiste en droit de l’éducation numérique à Carnegie Mellon, évoque un « vide contractuel préoccupant », notamment dans les cas où un avatar pourrait être réutilisé dans un autre contexte sans validation. De son côté, le syndicat des enseignants en ligne de l'État de New York a alerté dès juin 2025 sur un risque de « désincarnation du métier », estimant que « l’enseignement ne peut être réduit à une copie numérique, aussi performante soit-elle »
Chez Domatec.IA, on vous aide à décrypter ces mutations qui dessinent les changements de demain. L’intelligence artificielle ne remplacera peut-être pas les enseignants du jour au lendemain. Mais elle redéfinit peu à peu leur rôle et leur influence. Et ça, c’est déjà une révolution. Rendez-vous jeudi prochain pour un nouveau Jeud’IActu.
Glossaire :
Royalties pédagogiques : forme de rémunération utilisée dans les plateformes de streaming ou les médias, ici appliquée à l’enseignement. Chaque interaction avec un avatar IA génère un revenu pour le professeur dont il est issu.
Jumeau numérique : avatar virtuel basé sur une personne réelle. Il reproduit sa voix, ses manières, son contenu, et peut interagir avec les utilisateurs comme s’il s’agissait de l’individu lui-même.
Claude : modèle d’IA générative, similaire à Chat GPT




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