Jeud'IActu#9 : L’IA est-elle vraiment responsable des licenciements dans la tech ?
- Hector Bloch
- 31 juil. 2025
- 3 min de lecture
En juillet 2025, plusieurs géants du numérique ont effectué des vagues de licenciement, évoquant une réorganisation liée à l’intelligence artificielle. Que ce soit : Microsoft, Nvidia, Dropbox ou encore SAP. Tous, ont mentionné l’IA comme levier d’efficacité. Alors, on va regarder ensemble ce qui relève de l’impact réel de l’IA… et ce qui tient plutôt du prétexte.

Le 22 juillet, Microsoft annonçait une réduction de ses effectifs, après avoir pourtant atteint un chiffre d’affaires record de 66,8 milliards de dollars au dernier trimestre. L’entreprise évoque une « réorganisation stratégique liée à l’IA ». Quelques jours plus tard, Nvidia confirmait à son tour avoir supprimé des postes « désormais automatisables » grâce à ses propres outils d’IA. Même son de cloche chez Dropbox, SAP, ou encore Zoom, qui affirment « réduire l’effectif humain sur des posts automatisable ».
Mais ces décisions arrivent dans un contexte économique plus large. Selon le site Layoffs, près de 280 000 postes tech ont été supprimés depuis janvier 2024. Si une partie des entreprises évoque l’IA, d’autres – comme Klarna ou ByteDance – pointent des difficultés conjoncturelles. En clair : certains licencient car ils peuvent s’appuyer sur l’IA, d’autres licencient car ils n’ont plus le choix.Pour ne rien arranger, le nombre d’offres d’emploi tech est en chute libre. D’après Indeed, il a baissé de 18 % entre mai et juillet 2025, un des pires reculs depuis 2020.
Gain d’efficacité… ou excuse pour réduire les coûts ?
Dans un sondage publié fin juillet par IDC, 66 % des dirigeants interrogés affirment avoir réduit les charges de travail grâce à l’IA. Et 41 % estiment que cela leur a permis de supprimer certains postes. Autrement dit, l’intelligence artificielle a bel et bien un impact sur l’organisation du travail.Mais faut-il pour autant en faire le principal coupable ?
Harvard Business Review rappelle que dans la majorité des cas, les technologies n’éliminent pas les emplois immédiatement, mais modifient leurs contours. On observe ainsi une baisse des postes administratifs ou juridiques, mais une hausse des besoins en gestion de données, supervision d’IA et cybersécurité.Le problème, c’est le décalage entre la vitesse de transformation et celle de la reconversion. Beaucoup de salariés voient leur métier changer sans accompagnement. Et les formations à l’IA restent rares, surtout en dehors des grandes entreprises.
Enfin, certains experts y voient aussi un effet d’aubaine. Pour Casey Newton, journaliste tech indépendant, « blâmer l’IA permet parfois de camoufler des erreurs de gestion ou des stratégies trop optimistes ». En d’autres termes : l’IA sert aussi de bouclier narratif.
Un futur du travail sous tension
Ce que soulève cette dynamique, c’est moins la question de l’IA… que celle du contrat social. Si l’intelligence artificielle permet aux entreprises d’aller plus vite et de gagner en rentabilité, que fait-on des personnes laissées sur le bord de la route ? Pour Aaron Benanav, chercheur à l’université de Syracuse, « l’enjeu n’est pas de ralentir l’innovation, mais de mieux répartir ses bénéfices ».
Car derrière chaque licenciement « justifié par l’IA » se cache un débat plus large sur l’emploi, la sécurité sociale, et le rôle des entreprises dans l’adaptation de leurs équipes.Certaines voix militent déjà pour une taxation de l’automatisation, ou un revenu de transition pour les métiers menacés.Aux États-Unis, la Commission pour le Futur du Travail discute d’un nouveau cadre réglementaire, tandis qu’en Europe, le Parlement a évoqué des filets de sécurité numérique en lien avec l’adoption de l’AI Act*.Rien n’est encore acté, mais l’idée d’un accompagnement public commence à faire son chemin.
Chez Domatec.IA, on pense qu’il faut regarder la vérité en face : l’IA bouleverse des secteurs entiers, et transforme le marché du travail. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’elle doit devenir un bouc émissaire. À nous tous – entreprises, pouvoirs publics, citoyens – de construire un cadre juste et durable pour l’avenir du travail. Rendez-vous jeudi prochain pour un nouveau Jeud’IActu.
Glossaire
IA générative : intelligence artificielle capable de produire du contenu (texte, image, code…) à partir d’une consigne humaine.
Layoffs : site de suivi des licenciements dans la tech, utilisé comme baromètre du secteur.
AI Act : réglementation européenne visant à encadrer l’utilisation de l’intelligence artificielle selon différents niveaux de risque.
Taxe sur l’automatisation : proposition visant à compenser les pertes d’emplois liées aux robots ou aux logiciels par une taxation ciblée des entreprises.




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